Dialogue entre les pensées et les émotions

Quand nos émotions nous montrent le chemin de notre singularité

Nous passons beaucoup de temps à réfléchir à nos choix.

Est-ce raisonnable ? Est-ce le bon moment ? Qu’en penseront les autres ? Est-ce cohérent avec mon parcours ? Est-ce que cela correspond à ce que je devrais faire ?

Notre pensée est formidable pour analyser, comparer, anticiper. Mais elle a aussi un biais : elle travaille avec tout ce que nous avons appris. Les normes, les attentes, les croyances, notre histoire, l’image que nous avons de la réussite.

Elle peut donc nous conduire à des choix parfaitement cohérents… mais qui ne nous ressemblent pas vraiment.

Et parfois, nos émotions viennent nous le signaler.

Une émotion n’est pas une réponse, c’est une information

Imaginez que l’on vous propose une évolution professionnelle particulièrement valorisante.

Sur le papier, tout est réuni pour que vous acceptiez. Et pourtant, à chaque fois que vous imaginez dire oui, vous ressentez une forme de malaise.

La tentation est grande de chercher immédiatement une explication :

« J’ai peur du changement. »
« Je manque de confiance. »
« Je devrais être contente. »

Mais si, au lieu de chercher à faire disparaître cette émotion, vous commenciez par l’écouter ?

Qu’est-ce qui, précisément, ne me convient pas ?

Peut-être que ce poste vous éloigne de ce qui vous nourrit réellement. Peut-être qu’il correspond à une définition de la réussite que vous avez adoptée sans jamais vraiment la questionner.

L’émotion ne vous donne pas nécessairement la réponse.

Elle vous indique qu’il y a quelque chose à regarder.

Les recherches sur la décision montrent d’ailleurs que les émotions et les signaux corporels participent à nos processus de jugement. Antonio Damasio, notamment, a montré comment les « marqueurs somatiques » issus de nos expériences peuvent contribuer à orienter nos décisions. Voir la référence sur PubMed

Cela ne signifie pas que l’émotion dit toujours vrai. La peur peut venir d’une expérience passée. La colère peut être disproportionnée. L’enthousiasme peut être trompeur.

Mais toute émotion mérite au moins d’être entendue.

Nos émotions peuvent révéler ce qui compte vraiment pour nous

C’est là que les émotions deviennent particulièrement intéressantes lorsqu’on cherche à comprendre sa singularité.

Notre singularité n’est pas seulement constituée de nos compétences, de nos goûts ou de notre personnalité.

Elle se trouve aussi dans la manière très particulière dont nous sommes touchés par le monde.

Ce qui nous enthousiasme.
Ce qui nous révolte.
Ce qui nous ennuie profondément.
Ce qui nous donne de l’énergie.
Ce qui nous fait nous sentir vivant.

Deux personnes peuvent vivre exactement la même situation et ne pas être touchées de la même manière.

Et cette différence est précieuse. Parce qu’elle nous renseigne sur ce qui est important pour nous.

Un exemple simple : deux personnes assistent à la même réunion. L’une ressort stimulée par les échanges et les idées. L’autre se sent frustrée par le manque de décision. Une troisième est fascinée par les relations qui se jouent entre les participants.

La situation est la même. Mais ce qui les touche révèle trois façons différentes d’être au monde.

C’est dans ces différences que se niche une part de notre singularité.

Écouter ses émotions ne signifie pas leur obéir

Il ne s’agit évidemment pas de remplacer la raison par l’émotion.

Être authentique ne signifie pas : *« je fais ce que je ressens ». *

La peur n’interdit pas nécessairement d’avancer.
La colère ne justifie pas nécessairement d’attaquer.
L’enthousiasme ne garantit pas que nous faisons le bon choix.

L’enjeu est plutôt de créer un dialogue :

Je ressens. J’écoute. Je questionne. Je comprends. Puis je choisis.

L’émotion devient alors une donnée parmi d’autres, mais une donnée que nous avons parfois tendance à négliger.

Et peut-être que c’est justement là que se trouve une voie vers davantage d’authenticité.

Pas en cherchant à devenir quelqu’un d’autre ni en appliquant la recette de la réussite des autres. Mais en apprenant progressivement à reconnaître ce qui, chez soi, ne réagit pas comme chez les autres.

Et si votre singularité commençait là ?

Nous cherchons souvent notre singularité en nous demandant : « Qu’est-ce qui me rend différent ? ». Une autre question pourrait être : « Qu’est-ce qui me touche différemment ? »

Car nos émotions sont parfois les premières traces d’une cohérence intérieure que notre pensée n’a pas encore formulée.

Une envie récurrente.
Une irritation qui revient.
Une fascination inexplicable.
Un projet qui nous donne de l’énergie.
Une situation qui nous éteint systématiquement.

Autant de petits indices à explorer.

La singularité n’est peut-être pas quelque chose que l’on doit inventer.

C’est quelque chose que l’on peut apprendre à reconnaître.

Et pour cela, il faut parfois commencer par écouter ce que l’on ressent avant de chercher à expliquer ce que l’on pense.