Ceci n'est pas un syndrome

Le syndrome de l’imposteur n’est pas… un syndrome

Le “syndrome de l’imposteur” fait aujourd’hui partie du langage courant.

On l’entend partout :

  • chez les entrepreneurs,
  • les dirigeants,
  • les artistes,
  • les étudiants,
  • les cadres,
  • les indépendants,
  • et même chez les personnes les plus compétentes objectivement.

« Je me sens illégitime. »
« J’ai l’impression d’avoir dupé tout le monde. »
« Un jour, les autres vont découvrir que je ne suis pas à la hauteur. »

L’expression est devenue si familière qu’on oublie parfois de questionner ce qu’elle raconte réellement.

Car le syndrome de l’imposteur… n’est pas un syndrome.


Un terme popularisé… mais souvent déformé

Le concept apparaît en 1978 dans les travaux des psychologues Pauline Clance et Suzanne Imes. Et un détail me semble important : elles ne parlent pas de “syndrome”. Elles utilisent l’expression impostor phenomenon. Autrement dit :
un phénomène.

La nuance peut sembler légère. Elle ne l’est pas.

Un phénomène se décrit.
S’observe.
S’analyse.
Se comprend dans un contexte.

Un syndrome, dans l’imaginaire collectif, renvoie à quelque chose de médical :

  • une anomalie,
  • un trouble,
  • un ensemble de symptômes,
  • parfois même une pathologie.

Or le “syndrome de l’imposteur” n’apparaît pas dans le DSM, le manuel de référence des classifications psychiatriques. Il n’est pas reconnu comme maladie mentale. Et cela change beaucoup de choses dans notre manière de regarder cette expérience.


Quand une expérience humaine devient un problème à corriger

Le glissement du mot “phénomène” vers “syndrome” n’est pas anodin. Car dès qu’une expérience humaine reçoit une étiquette psychologisante, quelque chose se transforme subtilement.On ne cherche plus à comprendre, on cherche à guérir.

C’est un mouvement que l’on observe souvent aujourd’hui :

  • la peur devient un trouble,
  • le doute devient une pathologie,
  • l’inconfort devient un dysfonctionnement,
  • l’incertitude devient un problème à résoudre rapidement.

Comme si toute tension intérieure devait disparaître immédiatement.

Pourtant, le sentiment d’illégitimité contient parfois des informations extrêmement précieuses.


Et si ce sentiment avait quelque chose à nous apprendre ?

Dans ma pratique de coach, je rencontre souvent des personnes qui disent souffrir du syndrome de l’imposteur, et je ne doute pas de l’inconfort qu’elles traversent.

Mais lorsque nous explorons ce qu’elles vivent réellement, la situation est souvent plus complexe.

Parfois, ce sentiment apparaît :

  • au moment d’un changement de posture,
  • d’une prise de poste ou de responsabilité,
  • d’une reconversion,
  • d’une visibilité nouvelle,
  • ou paradoxalement, lorsqu’une personne commence enfin à prendre sa place.

Autrement dit :
au moment où quelque chose bouge.

Le doute n’est alors pas forcément le signe d’un dysfonctionnement. Il peut être le signe d’un passage, d’un décalage temporaire entre l’identité que la personne a construite jusque-là… et la réalité nouvelle dans laquelle elle entre progressivement.

Le cerveau aime ce qui est connu. La nouveauté crée souvent une sensation d’instabilité. Et cette instabilité peut être interprétée comme :
« Je ne suis pas légitime. »


Nommer peut aider. Enfermer, beaucoup moins.

Je comprends pourquoi l’expression rencontre autant de succès.

Mettre des mots sur une expérience soulage souvent énormément. Quand une personne découvre qu’elle n’est pas seule à ressentir cela, quelque chose se détend. Il y a du réconfort dans le fait de reconnaître une expérience partagée.

Mais je crois qu’il faut être attentif à ce qui se passe ensuite. Car une étiquette peut devenir une identité.

À force de répéter : « J’ai le syndrome de l’imposteur », certaines personnes finissent par organiser leur regard sur elles-mêmes autour de cette idée.

Comme si le problème était devenu une caractéristique stable de leur personnalité. Or un phénomène n’est pas une identité, c’est une expérience mouvante, contextuelle… Vivante !


Regarder avec curiosité plutôt qu’avec diagnostic

Ce que j’observe souvent, c’est que le sentiment d’imposture mérite moins d’être combattu… qu’exploré.

De quoi parle-t-il vraiment ?

  • D’un manque de confiance ?
  • D’une peur du regard des autres ?
  • D’un perfectionnisme ancien ?
  • D’une difficulté à intégrer ses réussites ?
  • D’un environnement particulièrement exigeant ?
  • D’un changement de vie en cours ?

Les réponses ne sont jamais totalement les mêmes. Et c’est précisément pour cela que réduire cette expérience à un “syndrome” me paraît parfois appauvrissant. Certaines expériences humaines gagnent à être regardées avec davantage de curiosité que de diagnostic. Peut-être que le sentiment d’imposture fait partie de celles-là.


Source :

Dans mon métier de coach, j’accompagne les personnes à explorer ce qui se joue derrière leur sentiment d’illégitimité, pour retrouver une place plus juste et plus vivante.
👉 Et si ce que vous appelez “syndrome de l’imposteur” racontait autre chose de vous ?

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